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jeudi 30 avril 2026

 

Novella d'Andréa, peinture de Marie-Éléonore Godefroid, 1843

La Femme derrière le rideau

 

            La voix mélodieuse s’élevait, claire, derrière le rideau. Le codex, le digeste et les novelles de Justinien ainsi que les gloses d’Accurse, son concitoyen de Bologne, n’avaient pas de secret pour Novella d’Andrea.

            Elle était en train d’inventer une nouvelle classification juridique et elle délaissait les vieilles lois devenues obsolètes. La société du XIVe siècle sortait enfin des compilations médiévales et une langue savante commune, le latin, permettait à l’Europe des lettrés de communiquer et de progresser. D’ailleurs, les étudiants étaient itinérants, se déplaçant d’une université italienne à une université française. Mais nombreux étaient ceux qui suivaient l’enseignement de Novella.

            Sa réputation avait franchi les frontières car elle était savante, intelligente et… belle !

            Une femme, juriste et professeur ! On n’avait jamais vu cela et on se précipitait pour la voir, justement. Mais un rideau noir masquait l’idole et il fallait se contenter de se laisser charmer par les sons flûtés qui traversaient le tissu épais. Le vieux doyen avait imposé cet écran, car voir Novella, c’était oublier le Droit !

            Enguerrand avait marché des jours et des jours pour venir l’entendre. Il avait suivi les cours de Sorbonne et en était farci, au bord de l’indigestion. D’Italie arrivait le changement et le prénom même de la belle juriste l’annonçait assez…

            Ainsi, ce matin-là, avait-il joué des coudes et donné force coups de pied pour accéder à la vaste salle où se tenait le cours de droit romain modernisé. Mais il voulait faire plus et parvenir au premier rang, juste devant cet affreux rideau noir. La bagarre se généralisa et un huissier menaça de faire évacuer l’assemblée. Des jurons français se mêlaient aux injures italiennes, espagnoles, anglaises ou slaves. Les étudiants ne renonçaient pas à leurs places : ils avaient attendu des heures pour les avoir. Enguerrand recula et finit par trouver une marche de pierre vers l’entrée de la salle. Il n’avait pas prévu que le lieu serait ainsi pris d’assaut, il prendrait ses précautions à l’avenir.

            Et il l’entendit…

            C’était… comment dire… envoûtant et tellement pur à la fois, dans un latin italianisé, musical, avec des hauteurs dans le ton et des basses si surprenantes qui raclaient l’âme. Il fallait prendre sur soi pour suivre le contenu et ne pas se laisser bercer par la mélodie. Personne ne prenait de notes, l’assistance écoutait dans un silence religieux et même les toux étaient retenues.

            De part et d’autre de l’estrade occultée par le rideau, se tenait une garde rapprochée, prête à réagir au cas où des audacieux eussent forcé la clôture.

            Et ils ne pensaient qu’à cela, les escholiers ! Certains ne feraient même jamais partie de la basoche et n’y prétendaient pas, ils étaient là en curieux, guettant le moindre frémissement du rideau. Les plus malins tentaient d’introduire un bout de miroir qu’ils faisaient glisser sur le sol. D’autres tenaient leur baluchon au bout d’un bâton et simulaient une maladresse de geste pour soulever le rideau en s’installant. Mais les cerbères veillaient et réprimaient toute tentative de dévoilement.

            Et la voix tantôt grave et profonde, tantôt légère et mutine débrouillait les arcanes des lois, organisait la justice des cités-états de l’Italie en Renaissance. Elle avait quatre siècles d’avance ! On aurait cru entendre Thémis des temps nouveaux ! Le peuple, et non les seuls patriciens, aurait voix au chapitre, aurait le droit de vote et de révocation. La cité de Dieu et des hommes se constituerait. Elle ignorait que son compatriote Machiavel trouverait deux siècles plus tard des accommodements avec la vertu et le Ciel… Les étudiants les plus attentifs s’enthousiasmaient, se promettaient de faire germer ces idées-là qui, en Angleterre, qui, en Espagne, qui, en Bohème. Et Enguerrand rêvait à la douce France embellie par de telles réformes. Puis, soudain, la belle voix se tut, les gardes barrèrent l’accès à l’estrade, le cours était fini.

            Ce fut une belle bousculade pour sortir de la salle. Enguerrand, pourtant près de la porte fut poussé avec rudesse, emporté avec le flot des jeunes gens tout bouillants d’avoir été si calmes, si silencieux.

            – Ave ! Giovanni ! Alors te revoilà dans ta bonne ville de Bologne ?

            – Ciao ! Enguerrand. Tu as donc suivi mon conseil ? Elle est belle, n’est-ce pas.

            – Belle ! Comment le saurais-je ? Sa voix est magnifique mais, elle, qui me dit qu’elle n’est pas défigurée et que c’est pour cela qu’on la cache ?

            – Tu en es déjà toqué ! Quand je disais belle, je parlais de ma ville, de l’Italie et toi, tu n’as déjà que Novella en tête !

            – C’est vrai, vieux frère, c’est pour elle que j’ai fait le voyage. Tu nous as trop fait rêver sur les bancs de la Sorbonne avec ton histoire. On pensait aussi que tu inventais un peu. Les Italiens, autorisant une femme à dire la loi ! Pire, à l’inventer ! Et me voilà comme un grand niais à l’écouter, moi aussi, et à divaguer.

            – Viens donc à la casa, il y aura du minestrone. Je suis sûr que tu as le ventre vide.

            – Volontiers, Giovanni et tu me parleras d’elle, per favore !

            Assis autour d’une massive table taillée à la hache, les deux amis se régalaient. La mamma apportait sans cesse des plats fumants, toute heureuse de faire honneur à l’ami de son Giovanni de fils ! Ils passaient en revue leur année d’études et d’aventures à Paris, se racontaient les surprises et les aléas du voyage. Ils riaient de bon cœur, tout à leur joie de se retrouver. Pourtant une question taraudait Enguerrand et après bien des détours, il finit par demander :

            – Toi qui es d’ici, tu dois bien le connaître le moyen de la rencontrer, dis ?

            – Ah ! Tu finis par y venir, depuis le temps que tu tournais autour du pot ! Eh bien, figure-toi que la demoiselle est farouche et bien protégée ; tu n’es pas le premier, tu t’en doutes, à vouloir l’approcher ou même à vouloir l’apercevoir !

            – Cesse de te moquer et apprends-moi le moyen de la voir. Pense à tout le chemin que j’ai parcouru et à la confiance que je t’ai faite en avalant ton histoire !

            – Personne ne sait où elle loge et personne ne comprend comment elle quitte l’université ou s’y rend. On a déjà fait le guet, et pendant des heures, pour la surprendre. Sans succès ! On a imaginé qu’elle pouvait se déguiser en garçon et on a reçu de bonnes corrections pour avoir tâté des jeunes hommes et avoir tiré sur leur barbe ! On a fouillé tous les recoins du bâtiment sans rien trouver. Bien malin qui pourra la surprendre !

            – Moi, je trouverai, parole de Parisien !

            Cela faisait un bon mois à présent qu’Enguerrand séjournait à Bologne. Il avait trouvé une petite auberge et payait son écot grâce à un travail de jardinier dans une grande propriété de la ville. Il était assidu, bien sûr, aux cours de Novella et passait ses soirées à imaginer des plans pour l’atteindre. Il avait essayé d’infiltrer la garde rapprochée mais s’était fait rabrouer de la manière la plus vive et, il faut en convenir, la plus humiliante. Il avait inspecté tout le bâtiment, avait repéré que la grande salle communiquait avec un couloir très étroit, sans possibilité de cachette pour lui. Il s’était posté à toutes les sorties, en quittant le cours avant la fin. Pour rien ! Il fallait donc qu’il y eût une trappe et un souterrain ! Il s’était mis à examiner l’estrade à un moment où la salle était libre : pas la moindre trace ! Il avait pensé créer une panique dans la salle et une ruée massive vers le rideau, mais il avait renoncé, par égard pour Novella qui aurait pu être blessée ou outragée. Comment faire, pourtant, comment faire ?

 

            Alors, il eut l’idée ! Il allait aller sur son terrain, le Droit. Novella était la meilleure juriste d’Italie, d’Europe même, sans doute, car elle innovait tout en assimilant la tradition. Il fallait donc la battre sur son terrain pour susciter son intérêt, voire sa jalousie… Enfin, ce n’était pas gagné ! Tout de même, si c’était elle qui cherchait à le voir car il se serait singularisé à ses yeux ? Et Enguerrand se mit, lui aussi, à lire les auteurs latins. Il fit mieux, il mit la main sur une traduction latine de livres grecs. Ces Grecs, ils avaient inventé la république bien avant les Romains ! Et Enguerrand rédigea, nuit et jour, ne réservant que les cours de Novella qui lui servaient de récréation. Le manuscrit qui sortit de ces heures de labeur portait un nom que les générations futures connaissent bien : Le Contrat social ! N’oubliez pas le petit séjour italien de notre cher Rousseau et sa manie de fouiller les vieux manuscrits négligés !

            Maintenant, il fallait trouver le moyen de faire parvenir le manuscrit à la belle juriste. Enguerrand prit tout simplement la voie officielle et fit remettre son œuvre aux mains du doyen de l’université qui la transmit, comme Enguerrand l’avait prévu, à Novella.

            Le miracle se produisit un mois après !

            La patronne de l’auberge apporta au déjeuner une belle lettre cachetée par un sceau de cire et la posa devant l’assiette d’Enguerrand.

            – C’est une lettre de femme ou je ne m’y connais pas, dit-elle en riant, ah ces Français, ils viennent chasser sur nos terres !

            Fébrile, Enguerrand tournait et retournait la missive, la humait, n’osait briser le cachet.

 

            Monsieur,

            Votre ouvrage, que Monsieur le Doyen m’a montré à lire, est remarquable en tous points. Vous allez plus loin que moi, vous franchissez allègrement les siècles et les mentalités rétrogrades. Je vous félicite, Monsieur ! Mais j’ai bien peur que les temps ne soient pas mûrs pour un tel changement et quand bien même ils le seraient, seule une révolution pourrait le faire appliquer !

            Ce serait un honneur pour moi de vous rencontrer pour échanger nos points de vue. Je vous attendrai demain à dix heures dans le bureau du doyen.

            Soyez assuré, Monsieur, de toute ma considération.

            Novella d’Andréa

             Enguerrand mit sa main sur son cœur pour en calmer le rythme. L’aubergiste y vit la confirmation d’une idylle, se mit à applaudir et apporta du vin paillé pour fêter l’événement.

            Inutile de dire que, dès l’aube, Enguerrand était sur le pied de guerre ! Il examinait ses vêtements bien usés et d’une propreté relative. Il ne pouvait pas se présenter ainsi devant elle, c’était inconvenant. Tant pis, il se résolut à livrer son secret à Giovanni qui, grâce à sa mamma, avait une garde-robe irréprochable. Cela faisait une heure maintenant qu’il faisait des essayages car Giovanni était plus grand et plus fort que lui !

            Mais la mamma toute heureuse d’entendre parler de rendez-vous ajusta une chemise immaculée et apprêtée, une tunique damassée et des chausses de lin. Des poulaines en peau d’agneau souple complétèrent la tenue. Les cheveux mi-longs soigneusement peignés, un mouchoir de fine batiste imprégné d’eau de senteur de Florence, Enguerrand se trouvait propre et élégant. Maintenant, il fallait se rendre à l’université !

            Comme le chemin lui sembla court ! Qu’allait-il lui dire ? Ne serait-elle pas déçue en le voyant ? Comment pourrait-il se montrer brillant dans le discours ? Il se sentait plus à l’aise, la plume à la main…

            Le couvre-chef, mon Dieu, il avait oublié le couvre-chef ! Lui qui avait prévu de se découvrir dans une révérence à la française ! Trop tard pour faire demi-tour ! Il vérifia ses notes serrées dans un carton, il pourrait toujours les consulter s’il ne trouvait rien à dire, et cela lui donnait une contenance.

            A peine fut-il dans le couloir de l’administration qu’un des huissiers s’approcha de lui pour s’enquérir de son nom et, sans plus le faire attendre, le conduisit dans le bureau du doyen.

            Et il la vit !

            Même s’il avait eu un chapeau, il l’aurait oublié sur sa tête ! Il resta pétrifié, sans voix, sans geste, la bouche ridiculement ouverte.

            – Approchez, signore, approchez ! Vous êtes bien Enguerrand de Paris ?

            – Si, signora, pour vous servir, bredouilla-t-il, en esquissant une révérence si maladroite que Novella sourit avec indulgence et un certain amusement.

            Elle était assise sur un siège haut, derrière un bureau imposant. Il ne vit que son buste et son visage d’un ovale parfait. Il ferma les yeux, pour reconnaître la voix de derrière le rideau, quand elle reprit la parole.

            – Je suis honorée de vous rencontrer, signore Enguerrand.

            C’était bien le timbre envoûtant, doux et grave, si familier désormais. Il sentait qu’il devait dire quelque chose mais aucun son ne franchissait ses lèvres.

            Elle continuait à sourire, sans rien dire, le silence ne la gênait pas ; devant elle, était posé le manuscrit d’Enguerrand. Elle l’effleurait du bout des doigts comme un tissu doux.

            – Signore, j’ai pris le temps de vous lire attentivement avant de solliciter un rendez-vous. J’aimerais discuter avec vous certains points, si cela vous convient. Votre ouvrage est d’avant-garde et, comme je vous l’ai écrit, il me semble que votre système ne peut se mettre en place qu’avec une révolution. Je dirais même qu’il peut en susciter une !

            – Signora, je ne suis pas un fauteur de troubles et je me rends compte qu’il faudra du temps, beaucoup de temps pour faire admettre ces idées. Mais l’Italie est en avance sur la France, vos cités-états appliquent en partie les principes républicains malgré la menace de Rome et de l’Empereur et les querelles de pouvoir entre les Guelfes et les Gibelins que cela entraîne. Les grandes familles aussi veulent s’emparer du pouvoir. Vous êtes morcelés alors que la France s’unifie et tend à combattre la féodalité mais c’est pour mieux renforcer le pouvoir monarchique.

            – Si je comprends bien, signore Enguerrand, c’est en Italie que vous voudriez voir appliquer vos idées car elle est plus réceptive que le royaume de France ! Mais, vous l’avez dit, nous avons un problème : notre division en états et royaumes enclavés. Nous suscitons la convoitise des nations, à commencer par la vôtre, signore Enguerrand.  Comment unifier l’Italie ? Comment l’empêcher de tomber sous le joug d’un tyran ?

            – En instruisant le peuple, signora, en répandant les idées. L’université est un bon moyen. Les étudiants viennent ici de toute l’Europe et sont attentifs à votre parole. Bientôt les peuples marcheront d’un même pas et l’Europe sera une vaste communauté !

            – Comme vous y allez, signore, vous rêvez. Il faudra des siècles pour y parvenir et ce sera un échec, sans doute. Comment concilier tant d’intérêts disparates ? Comment accorder les Latins indisciplinés et les Germains si rigides ? Il faudra faire aussi la révolution des mentalités !

            – Oui, signora, il faudra la faire. Cela est en marche, une longue route reste à parcourir.

            – Quel âge avez-vous, signore Enguerrand ?

            – Vingt ans, signora.

            – On dirait que vous en avez le double ! Par l’esprit et la réflexion, j’entends !

                       

            La conversation dura longtemps. Enguerrand trouvait ses mots et ses arguments facilement. Novella discutait âprement, essayait de faire des objections, de mettre en difficulté ce jeune homme visionnaire ; il déjouait tout, avait réponse à tout, trouvait même des idées nouvelles. C’était un festival d’intelligence !

            Et l’heure du déjeuner fut oubliée ! Dans le feu du débat, deux esprits se mesuraient, une connivence intellectuelle s’établissait. Mais, Novella, un peu fatiguée par la joute oratoire, inclina sa tête avec grâce, arrangea une mèche dorée qui lui caressait la joue et fit une pause. Alors Enguerrand prit conscience de sa beauté, la contempla avec ravissement : elle avait un maintien de madone et de reine ! Elle ne jouait pas de ses charmes, ne faisait ni œillade, ni manière mignarde. Elle incarnait l’harmonie et l’esprit avec un grand naturel. Elle aussi examinait ce jeune Français, vêtu à l’italienne, dans des habits trop nets pour sa condition. Elle lui trouvait un air de douceur et de volonté à la fois. Ce jeune Enguerrand, c’était quelqu’un d’exceptionnel !

            – Signora, puis-je oser une question ?

            – Osez, signore, seules les réponses peuvent être indiscrètes !

            – Comment faites-vous pour entrer à l’université et pour en sortir ?

            Elle éclata d’un rire spontané et musical.

            – Par la porte, voyons, comme tout le monde !

            Enguerrand se sentit piégé. Comment pouvait-il avouer ses heures de guet, ses stratégies d’approche ? Elle se serait sentie trahie.

            – Auriez-vous cherché à me voir à la sortie d’un cours, signore Enguerrand ?

            La fine mouche ! A présent, elle se moquait gentiment de lui.

            – Comme j’estime que vous ne répandrez pas mon secret, suivez-moi et vous verrez !

            Elle se dirigea vers la grande salle, monta sur l’estrade, tira le rideau noir. Elle se précipita ensuite vers un petit placard qu’elle ouvrit avec une clef, en retira un habit de garde qu’elle revêtit avec une rapidité étonnante et fila vers la sortie où elle interpella un vrai garde. Ce dernier approcha un cheval, elle l’enfourcha en un clin d’œil ; le garde fit de même avec sa propre monture et ils partirent au galop.

            Enguerrand en demeura médusé. Ils ne s’étaient pas salués, pas donné d’autre rendez-vous ! Comment la revoir ?

            En se remettant de sa surprise, Enguerrand comprit qu’elle venait de lui donner la solution : l’attendre avec un cheval et la suivre après le prochain cours !

           

            En tout cas, ne trouvez-vous pas, gentils lecteurs des temps futurs, que ce fut une sacrée première rencontre et qui présageait d’un beau duo fortissimo. Mais vous n’en saurez pas plus, le rideau est tiré et le mystère reste entier. Entre sortilège et musique vocale, l’amour toujours triomphera, c’est son Droit à lui !


Céline Roumégoux (à retrouver dans le recueil La Passante du clair de lune)

 

Note : Novella d’Andréa a bien existé. Elle enseigna le droit à l’université de Bologne, au XIVe siècle, dissimulée derrière un rideau pour ne pas troubler les étudiants à cause de sa beauté. Elle succéda à son père, Giovanni d’Andrea. C’est à peu près tout ce que l’on sait d’elle mais si vous passez par Bologne, visitez l’université et vérifiez bien si le rideau y est encore…


📜 Passage original en moyen français : Novelle d’Andréa

Le passage en moyen français où Christine de Pizan évoque Novella d’Andrea se trouve dans Le Livre de la Cité des dames, Livre II, (1405)

(Livre II, chapitre sur les femmes doctes)

Voici le texte authentique en moyen français, tel qu’il apparaît dans l’édition Vérard (1497) et dans plusieurs manuscrits (notamment BnF fr. 607 et fr. 1177).


« Item, pour parler des temps plus prochains, sans aler querre les anciennes hystoires, Jehan d’André, le solennel docteur en loix à Boulongne, qui n’est pas mort il y a soixante ans, n’estoit pas de l’opinion que mal feust que femmes fussent lettrees. Car sa belle et bonne fille, qu’il tant ama, nommée Novelle, fist si bien apprendre et estudier en la science des loix, que, quant il estoit empeschié de quelque besoing, par quoy il ne povoit vacquer à lire ses leçons à ses escoliers, il envoyoit ladicte Novelle, sa fille, en sa place lire en la chaire. Et affin que sa beauté ne destournast la pensee des oyans, elle avoit une petite courtine devant elle. Et par telle manière elle suppléoient aucunes fois aux occupations de son père, lequel l’ama tant qu’il fist une notable glose d’un livre de loix, qu’il nomma, pour l’amour d’elle, la Novelle. »