Novella d'Andréa, peinture de Marie-Éléonore Godefroid, 1843
La Femme
derrière le rideau
La voix mélodieuse s’élevait, claire,
derrière le rideau. Le codex, le digeste et les novelles de Justinien ainsi que
les gloses d’Accurse, son concitoyen de Bologne, n’avaient pas de secret pour
Novella d’Andrea.
Elle était en train d’inventer une
nouvelle classification juridique et elle délaissait les vieilles lois devenues
obsolètes. La société du XIVe siècle sortait enfin des compilations
médiévales et une langue savante commune, le latin, permettait à l’Europe des
lettrés de communiquer et de progresser. D’ailleurs, les étudiants étaient
itinérants, se déplaçant d’une université italienne à une université française.
Mais nombreux étaient ceux qui suivaient l’enseignement de Novella.
Sa réputation avait franchi les
frontières car elle était savante, intelligente et… belle !
Une femme, juriste et professeur !
On n’avait jamais vu cela et on se précipitait pour la voir, justement. Mais un
rideau noir masquait l’idole et il fallait se contenter de se laisser charmer
par les sons flûtés qui traversaient le tissu épais. Le vieux doyen avait
imposé cet écran, car voir Novella, c’était oublier le Droit !
Enguerrand avait marché des jours et
des jours pour venir l’entendre. Il avait suivi les cours de Sorbonne et en
était farci, au bord de l’indigestion. D’Italie arrivait le changement et le
prénom même de la belle juriste l’annonçait assez…
Ainsi, ce matin-là, avait-il joué
des coudes et donné force coups de pied pour accéder à la vaste salle où se
tenait le cours de droit romain modernisé. Mais il voulait faire plus et
parvenir au premier rang, juste devant cet affreux rideau noir. La bagarre se
généralisa et un huissier menaça de faire évacuer l’assemblée. Des jurons
français se mêlaient aux injures italiennes, espagnoles, anglaises ou slaves.
Les étudiants ne renonçaient pas à leurs places : ils avaient attendu des
heures pour les avoir. Enguerrand recula et finit par trouver une marche de
pierre vers l’entrée de la salle. Il n’avait pas prévu que le lieu serait ainsi
pris d’assaut, il prendrait ses précautions à l’avenir.
Et il l’entendit…
C’était… comment dire… envoûtant et
tellement pur à la fois, dans un latin italianisé, musical, avec des hauteurs
dans le ton et des basses si surprenantes qui raclaient l’âme. Il fallait
prendre sur soi pour suivre le contenu et ne pas se laisser bercer par la
mélodie. Personne ne prenait de notes, l’assistance écoutait dans un silence
religieux et même les toux étaient retenues.
De part et d’autre de l’estrade
occultée par le rideau, se tenait une garde rapprochée, prête à réagir au cas
où des audacieux eussent forcé la clôture.
Et ils ne pensaient qu’à cela, les
escholiers ! Certains ne feraient même jamais partie de la basoche et n’y
prétendaient pas, ils étaient là en curieux, guettant le moindre frémissement
du rideau. Les plus malins tentaient d’introduire un bout de miroir qu’ils
faisaient glisser sur le sol. D’autres tenaient leur baluchon au bout d’un
bâton et simulaient une maladresse de geste pour soulever le rideau en
s’installant. Mais les cerbères veillaient et réprimaient toute tentative de
dévoilement.
Et la voix tantôt grave et profonde,
tantôt légère et mutine débrouillait les arcanes des lois, organisait la
justice des cités-états de l’Italie en Renaissance. Elle avait quatre siècles
d’avance ! On aurait cru entendre Thémis des temps nouveaux ! Le
peuple, et non les seuls patriciens, aurait voix au chapitre, aurait le droit
de vote et de révocation. La cité de Dieu et des hommes se constituerait. Elle
ignorait que son compatriote Machiavel trouverait deux siècles plus tard des
accommodements avec la vertu et le Ciel… Les étudiants les plus attentifs
s’enthousiasmaient, se promettaient de faire germer ces idées-là qui, en
Angleterre, qui, en Espagne, qui, en Bohème. Et Enguerrand rêvait à la douce
France embellie par de telles réformes. Puis, soudain, la belle voix se tut,
les gardes barrèrent l’accès à l’estrade, le cours était fini.
Ce fut une belle bousculade pour
sortir de la salle. Enguerrand, pourtant près de la porte fut poussé avec
rudesse, emporté avec le flot des jeunes gens tout bouillants d’avoir été si
calmes, si silencieux.
– Ave ! Giovanni ! Alors
te revoilà dans ta bonne ville de Bologne ?
– Ciao !
Enguerrand. Tu as donc suivi mon conseil ? Elle est belle, n’est-ce pas.
– Belle ! Comment le saurais-je ?
Sa voix est magnifique mais, elle, qui me dit qu’elle n’est pas défigurée et
que c’est pour cela qu’on la cache ?
– Tu en es déjà toqué ! Quand
je disais belle, je parlais de ma ville, de l’Italie et toi, tu n’as déjà que
Novella en tête !
– C’est vrai, vieux frère, c’est
pour elle que j’ai fait le voyage. Tu nous as trop fait rêver sur les bancs de
la Sorbonne avec ton histoire. On pensait aussi que tu inventais un peu. Les
Italiens, autorisant une femme à dire la loi ! Pire, à l’inventer !
Et me voilà comme un grand niais à l’écouter, moi aussi, et à divaguer.
– Viens donc à la casa, il y aura du
minestrone. Je suis sûr que tu as le ventre vide.
– Volontiers, Giovanni et tu me
parleras d’elle, per favore !
Assis autour d’une massive table
taillée à la hache, les deux amis se régalaient. La mamma apportait sans cesse
des plats fumants, toute heureuse de faire honneur à l’ami de son Giovanni de
fils ! Ils passaient en revue leur année d’études et d’aventures à Paris,
se racontaient les surprises et les aléas du voyage. Ils riaient de bon cœur,
tout à leur joie de se retrouver. Pourtant une question taraudait Enguerrand et
après bien des détours, il finit par demander :
– Toi qui es d’ici, tu dois bien le
connaître le moyen de la rencontrer, dis ?
– Ah ! Tu finis par y venir,
depuis le temps que tu tournais autour du pot ! Eh bien, figure-toi que la
demoiselle est farouche et bien protégée ; tu n’es pas le premier, tu t’en
doutes, à vouloir l’approcher ou même à vouloir l’apercevoir !
– Cesse de te moquer et apprends-moi
le moyen de la voir. Pense à tout le chemin que j’ai parcouru et à la confiance
que je t’ai faite en avalant ton histoire !
– Personne ne sait où elle loge et
personne ne comprend comment elle quitte l’université ou s’y rend. On a déjà
fait le guet, et pendant des heures, pour la surprendre. Sans succès ! On
a imaginé qu’elle pouvait se déguiser en garçon et on a reçu de bonnes
corrections pour avoir tâté des jeunes hommes et avoir tiré sur leur barbe !
On a fouillé tous les recoins du bâtiment sans rien trouver. Bien malin qui
pourra la surprendre !
– Moi, je trouverai, parole de
Parisien !
Cela faisait un bon mois à présent
qu’Enguerrand séjournait à Bologne. Il avait trouvé une petite auberge et
payait son écot grâce à un travail de jardinier dans une grande propriété de la
ville. Il était assidu, bien sûr, aux cours de Novella et passait ses soirées à
imaginer des plans pour l’atteindre. Il avait essayé d’infiltrer la garde
rapprochée mais s’était fait rabrouer de la manière la plus vive et, il faut en
convenir, la plus humiliante. Il avait inspecté tout le bâtiment, avait repéré
que la grande salle communiquait avec un couloir très étroit, sans possibilité
de cachette pour lui. Il s’était posté à toutes les sorties, en quittant le
cours avant la fin. Pour rien ! Il fallait donc qu’il y eût une trappe et
un souterrain ! Il s’était mis à examiner l’estrade à un moment où la
salle était libre : pas la moindre trace ! Il avait pensé créer une
panique dans la salle et une ruée massive vers le rideau, mais il avait
renoncé, par égard pour Novella qui aurait pu être blessée ou outragée. Comment
faire, pourtant, comment faire ?
Alors, il eut l’idée ! Il
allait aller sur son terrain, le Droit. Novella était la meilleure juriste
d’Italie, d’Europe même, sans doute, car elle innovait tout en assimilant la
tradition. Il fallait donc la battre sur son terrain pour susciter son intérêt,
voire sa jalousie… Enfin, ce n’était pas gagné ! Tout de même, si c’était
elle qui cherchait à le voir car il se serait singularisé à ses yeux ? Et
Enguerrand se mit, lui aussi, à lire les auteurs latins. Il fit mieux, il mit
la main sur une traduction latine de livres grecs. Ces Grecs, ils avaient
inventé la république bien avant les Romains ! Et Enguerrand rédigea, nuit
et jour, ne réservant que les cours de Novella qui lui servaient de récréation.
Le manuscrit qui sortit de ces heures de labeur portait un nom que les
générations futures connaissent bien : Le Contrat social ! N’oubliez pas le petit séjour
italien de notre cher Rousseau et sa manie de fouiller les vieux manuscrits
négligés !
Maintenant, il fallait trouver le
moyen de faire parvenir le manuscrit à la belle juriste. Enguerrand prit tout
simplement la voie officielle et fit remettre son œuvre aux mains du doyen de
l’université qui la transmit, comme Enguerrand l’avait prévu, à Novella.
Le miracle se produisit un mois
après !
La patronne de l’auberge apporta au
déjeuner une belle lettre cachetée par un sceau de cire et la posa devant
l’assiette d’Enguerrand.
– C’est une lettre de femme ou je ne
m’y connais pas, dit-elle en riant, ah ces Français, ils viennent chasser sur
nos terres !
Fébrile, Enguerrand tournait et
retournait la missive, la humait, n’osait briser le cachet.
Monsieur,
Votre ouvrage, que Monsieur le Doyen
m’a montré à lire, est remarquable en tous points. Vous allez plus loin que
moi, vous franchissez allègrement les siècles et les mentalités rétrogrades. Je
vous félicite, Monsieur ! Mais j’ai bien peur que les temps ne soient pas
mûrs pour un tel changement et quand bien même ils le seraient, seule une
révolution pourrait le faire appliquer !
Ce serait un honneur pour moi de
vous rencontrer pour échanger nos points de vue. Je vous attendrai demain à dix
heures dans le bureau du doyen.
Soyez assuré, Monsieur, de toute ma
considération.
Novella d’Andréa
Enguerrand mit sa main sur son cœur pour en calmer le rythme.
L’aubergiste y vit la confirmation d’une idylle, se mit à applaudir et apporta
du vin paillé pour fêter l’événement.
Inutile de dire que, dès l’aube,
Enguerrand était sur le pied de guerre ! Il examinait ses vêtements bien
usés et d’une propreté relative. Il ne pouvait pas se présenter ainsi devant
elle, c’était inconvenant. Tant pis, il se résolut à livrer son secret à
Giovanni qui, grâce à sa mamma, avait une garde-robe irréprochable. Cela
faisait une heure maintenant qu’il faisait des essayages car Giovanni était
plus grand et plus fort que lui !
Mais la mamma toute heureuse
d’entendre parler de rendez-vous ajusta une chemise immaculée et apprêtée, une
tunique damassée et des chausses de lin. Des poulaines en peau d’agneau souple
complétèrent la tenue. Les cheveux mi-longs soigneusement peignés, un mouchoir
de fine batiste imprégné d’eau de senteur de Florence, Enguerrand se trouvait
propre et élégant. Maintenant, il fallait se rendre à l’université !
Comme le chemin lui sembla court !
Qu’allait-il lui dire ? Ne serait-elle pas déçue en le voyant ?
Comment pourrait-il se montrer brillant dans le discours ? Il se sentait
plus à l’aise, la plume à la main…
Le couvre-chef, mon Dieu, il avait
oublié le couvre-chef ! Lui qui avait prévu de se découvrir dans une
révérence à la française ! Trop tard pour faire demi-tour ! Il
vérifia ses notes serrées dans un carton, il pourrait toujours les consulter
s’il ne trouvait rien à dire, et cela lui donnait une contenance.
A peine fut-il dans le couloir de
l’administration qu’un des huissiers s’approcha de lui pour s’enquérir de son
nom et, sans plus le faire attendre, le conduisit dans le bureau du doyen.
Et il la vit !
Même s’il avait eu un chapeau, il
l’aurait oublié sur sa tête ! Il resta pétrifié, sans voix, sans geste, la
bouche ridiculement ouverte.
– Approchez, signore, approchez !
Vous êtes bien Enguerrand de Paris ?
– Si, signora, pour vous servir,
bredouilla-t-il, en esquissant une révérence si maladroite que Novella sourit
avec indulgence et un certain amusement.
Elle était assise sur un siège haut,
derrière un bureau imposant. Il ne vit que son buste et son visage d’un ovale
parfait. Il ferma les yeux, pour reconnaître la voix de derrière le rideau,
quand elle reprit la parole.
– Je suis honorée de vous
rencontrer, signore Enguerrand.
C’était bien le timbre envoûtant,
doux et grave, si familier désormais. Il sentait qu’il devait dire quelque
chose mais aucun son ne franchissait ses lèvres.
Elle continuait à sourire, sans rien
dire, le silence ne la gênait pas ; devant elle, était posé le manuscrit
d’Enguerrand. Elle l’effleurait du bout des doigts comme un tissu doux.
– Signore, j’ai pris le temps de
vous lire attentivement avant de solliciter un rendez-vous. J’aimerais discuter
avec vous certains points, si cela vous convient. Votre ouvrage est d’avant-garde
et, comme je vous l’ai écrit, il me semble que votre système ne peut se mettre
en place qu’avec une révolution. Je dirais même qu’il peut en susciter une !
– Signora, je ne suis pas un fauteur
de troubles et je me rends compte qu’il faudra du temps, beaucoup de temps pour
faire admettre ces idées. Mais l’Italie est en avance sur la France, vos cités-états
appliquent en partie les principes républicains malgré la menace de Rome et de
l’Empereur et les querelles de pouvoir entre les Guelfes et les Gibelins que
cela entraîne. Les grandes familles aussi veulent s’emparer du pouvoir. Vous
êtes morcelés alors que la France s’unifie et tend à combattre la féodalité mais
c’est pour mieux renforcer le pouvoir monarchique.
– Si je comprends bien, signore
Enguerrand, c’est en Italie que vous voudriez voir appliquer vos idées car elle
est plus réceptive que le royaume de France ! Mais, vous l’avez dit, nous
avons un problème : notre division en états et royaumes enclavés. Nous
suscitons la convoitise des nations, à commencer par la vôtre, signore
Enguerrand. Comment unifier l’Italie ?
Comment l’empêcher de tomber sous le joug d’un tyran ?
– En instruisant le peuple, signora,
en répandant les idées. L’université est un bon moyen. Les étudiants viennent
ici de toute l’Europe et sont attentifs à votre parole. Bientôt les peuples
marcheront d’un même pas et l’Europe sera une vaste communauté !
– Comme vous y allez, signore, vous
rêvez. Il faudra des siècles pour y parvenir et ce sera un échec, sans doute.
Comment concilier tant d’intérêts disparates ? Comment accorder les Latins
indisciplinés et les Germains si rigides ? Il faudra faire aussi la
révolution des mentalités !
– Oui, signora, il faudra la faire.
Cela est en marche, une longue route reste à parcourir.
– Quel âge avez-vous, signore
Enguerrand ?
– Vingt ans, signora.
– On dirait que vous en avez le
double ! Par l’esprit et la réflexion, j’entends !
La conversation dura longtemps.
Enguerrand trouvait ses mots et ses arguments facilement. Novella discutait
âprement, essayait de faire des objections, de mettre en difficulté ce jeune
homme visionnaire ; il déjouait tout, avait réponse à tout, trouvait même des
idées nouvelles. C’était un festival d’intelligence !
Et l’heure du déjeuner fut oubliée !
Dans le feu du débat, deux esprits se mesuraient, une connivence intellectuelle
s’établissait. Mais, Novella, un peu fatiguée par la joute oratoire, inclina sa
tête avec grâce, arrangea une mèche dorée qui lui caressait la joue et fit une
pause. Alors Enguerrand prit conscience de sa beauté, la contempla avec
ravissement : elle avait un maintien de madone et de reine ! Elle ne
jouait pas de ses charmes, ne faisait ni œillade, ni manière mignarde. Elle
incarnait l’harmonie et l’esprit avec un grand naturel. Elle aussi examinait ce
jeune Français, vêtu à l’italienne, dans des habits trop nets pour sa
condition. Elle lui trouvait un air de douceur et de volonté à la fois. Ce
jeune Enguerrand, c’était quelqu’un d’exceptionnel !
– Signora, puis-je oser une question ?
– Osez, signore, seules les réponses
peuvent être indiscrètes !
– Comment faites-vous pour entrer à
l’université et pour en sortir ?
Elle éclata d’un rire spontané et
musical.
– Par la porte, voyons, comme tout
le monde !
Enguerrand se sentit piégé. Comment
pouvait-il avouer ses heures de guet, ses stratégies d’approche ? Elle se
serait sentie trahie.
– Auriez-vous cherché à me voir à la
sortie d’un cours, signore Enguerrand ?
La fine mouche ! A présent,
elle se moquait gentiment de lui.
– Comme j’estime que vous ne
répandrez pas mon secret, suivez-moi et vous verrez !
Elle se dirigea vers la grande
salle, monta sur l’estrade, tira le rideau noir. Elle se précipita ensuite vers
un petit placard qu’elle ouvrit avec une clef, en retira un habit de garde
qu’elle revêtit avec une rapidité étonnante et fila vers la sortie où elle
interpella un vrai garde. Ce dernier approcha un cheval, elle l’enfourcha en un
clin d’œil ; le garde fit de même avec sa propre monture et ils partirent au
galop.
Enguerrand en demeura médusé. Ils ne
s’étaient pas salués, pas donné d’autre rendez-vous ! Comment la revoir ?
En se remettant de sa surprise,
Enguerrand comprit qu’elle venait de lui donner la solution : l’attendre avec
un cheval et la suivre après le prochain cours !
En tout cas, ne trouvez-vous pas,
gentils lecteurs des temps futurs, que ce fut une sacrée première rencontre et
qui présageait d’un beau duo fortissimo. Mais vous n’en saurez pas plus, le
rideau est tiré et le mystère reste entier. Entre sortilège et musique vocale,
l’amour toujours triomphera, c’est son Droit à lui !
Céline Roumégoux (à retrouver dans le recueil La Passante du clair de lune)
Note
: Novella d’Andréa
a bien existé. Elle enseigna le droit à l’université de Bologne, au XIVe
siècle, dissimulée derrière un rideau pour ne pas troubler les étudiants à
cause de sa beauté. Elle succéda à son père, Giovanni d’Andrea. C’est à peu
près tout ce que l’on sait d’elle mais si vous passez par Bologne, visitez
l’université et vérifiez bien si le rideau y est encore…
📜 Passage original en moyen français : Novelle d’Andréa
Le passage en moyen français où Christine de Pizan évoque Novella d’Andrea se trouve dans Le Livre de la Cité des dames, Livre II, (1405)
(Livre II, chapitre sur les femmes doctes)
Voici le texte authentique en moyen français, tel qu’il apparaît dans l’édition Vérard (1497) et dans plusieurs manuscrits (notamment BnF fr. 607 et fr. 1177).
« Item, pour parler des temps plus prochains, sans aler querre les anciennes hystoires, Jehan d’André, le solennel docteur en loix à Boulongne, qui n’est pas mort il y a soixante ans, n’estoit pas de l’opinion que mal feust que femmes fussent lettrees. Car sa belle et bonne fille, qu’il tant ama, nommée Novelle, fist si bien apprendre et estudier en la science des loix, que, quant il estoit empeschié de quelque besoing, par quoy il ne povoit vacquer à lire ses leçons à ses escoliers, il envoyoit ladicte Novelle, sa fille, en sa place lire en la chaire. Et affin que sa beauté ne destournast la pensee des oyans, elle avoit une petite courtine devant elle. Et par telle manière elle suppléoient aucunes fois aux occupations de son père, lequel l’ama tant qu’il fist une notable glose d’un livre de loix, qu’il nomma, pour l’amour d’elle, la Novelle. »
