La fameuse soirée
Samedi 10 mars 2000. Le fond de l’air est frais à 21
heures dans les alentours de Vierzon. Un manoir fantôme se découpe, sur
le bord de la route des Epinettes, dans le faisceau des phares de la
Mercédès coupé de Ludovic.
“Tiens, je suis le premier !” peste-t-il, en pilant devant le seuil.
Seule une fenêtre du premier étage est éclairée, les baies du grand salon sont, elles, ténèbreuses !
“Etrange ! C’est pourtant bien le bon jour ? Horreur
d’être en avance ... Cet abruti de Robert va se réjouir de ma
précipitation. Impossible de repartir, il doit guetter derrière les
carreaux. Ce que je peux être niais !”
C’est d’une main rageuse qu’il s’empare du heurtoir
et le fracasse contre la porte. Evidemment, un temps infini s’écoule
avant que l’ouverture ne se produise. Une vieille femme voûtée, l’air
embarrassé, incline la tête et prononce les paroles les plus inattendues
: “Vous êtes l’un des invités de la soirée, n’est-ce pas ? Monsieur
Tardat m’a chargée de vous dire combien il est désolé : un contretemps
l’a obligé à repartir précipitamment et il ne pourra pas vous accueillir
personnellement ce soir. Mais, rentrez, Monsieur, et acceptez de
prendre une collation, tout a été préparé.”