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jeudi 26 mai 2016

Le Petit Prince est à Lyon



Présence clandestine

Statue en bronze de Saint-Exupéry et du Petit Prince 
au sommet d'une colonne en marbre, place Bellecour
par Christiane Guillaubey.

- Dis, monsieur, s’il vous plaît, montre-moi ta ville.
- Tu sais, c’est bien loin d’ici.
- Et si tu répares ton avion, tu voudras m’y conduire, dis ?
- Je n’y connais plus personne et ce serait pire que ce désert pour moi, mon petit bonhomme.
- On pourrait juste regarder et ne pas se faire voir.
- Si tu veux mais il reste du travail pour faire voler mon avion.
- Je suis très patient. Tu dis qu’ici le temps n’existe pas.
- Eh oui, le temps, petit Prince, c’est juste une illusion.

Alors, ils sont partis, tous les deux, dans le petit avion et ils ont volé longtemps, longtemps. Ils ont traversé la grande mer qui brillait et sont arrivés au-dessus de Lyon. Ils ont tourné, tourné. Ils ne savaient où se poser. Et tout était tellement grand et peuplé ! 

Lyon, place Bellecour, Sant-Exupéry est né dans le grand bâtiment au fond de la place, à droite.

- Tu la vois, ta place, dis, monsieur ?
- Oui, elle est toujours là, on dirait. Penche-toi un peu, c’est ce carré rose
- Et ta maison ? Tu la trouves aussi ?
- Elle a changé de couleur, mais elle est encore debout, au coin de la place Bellecour. Ici, tu vois ?
- Et si on se posait ?

Depuis, sur la place à l’écart, côté ouest, a poussé une drôle de colonne de marbre blanc. Elle est haute. C’est un bon poste d’observation. Les passants ne pensent pas à lever la tête. Ils sont bien tranquilles tous les deux. Tout de même, il ne fait pas chaud, perchés là haut, incognito. Antoine est assis, les jambes dans le vide, le col relevé et les mains dans les poches. Son casque et ses lunettes sur la tête, il observe sa ville. Le dos tourné à sa maison, il semble mélancolique. Le petit prince, lui aussi, frissonne un peu, cheveux bouclés au vent. Il est debout, la main droite dans la poche, la gauche posée tendrement sur l’épaule droite de son père adoptif. Sa longue écharpe lui est bien utile. Avec ses petits yeux en boutons de bottines, quelle mine espiègle ! Ils ont l’air d’être en bronze tous les deux et ce n’est même pas vrai. Christiane Guillaubey le sait bien, elle qui les a sculptés. Peut-être que la rose les rejoindra et ils resteront là, discrètement et pour toujours.

Céline Roumégoux

samedi 30 janvier 2016

Pour souhaiter un anniversaire d'hiver

Solstice d'hiver



Solstice d'hiver, brouillards des petits matins
N'incitent pas à braver tôt les grands frimas.
Bains parfumés, savons odorants, lavandin,
Favorisent l'éveil et assurent nos pas.




Lavande odorante, petit clin d’œil d'été
Soleil balayant le bois gonflé par les ans
Natte de paille tressée et bougie allumée,
Crevasses du bois, signes d'outrages du temps. 


 


de  Josseline de Bourgogne
Dédié à

Cœur
Enthousiasme
Lumière
Intensité
Nirvana
Eclat


lundi 30 novembre 2015

Le message de l'eau de Eliane Mévouillon, récit

Le message de l’eau


                                                                                    Lac de Côme (Italie)



C’était un jour de novembre, ici …
Un enfant, comme tous les enfants, donnait quelques miettes aux canards du lac de pêche.
Son père tricotait et sa mère titillait le poisson.
Non, c’est tout le contraire, mais qu’importe, le petit jouait et regardait tout de ses yeux innocents.
Le lac, immense, à l’eau transparente, faisait de ses ondes dociles sa vie, sans parler.


Et pourtant…
 

Quelques oiseaux, dans les herbes hautes, donnaient à l’espace leurs chants mélodieux.
Rien ne bougeait.


Et pourtant…

samedi 28 novembre 2015

Coquelicot, un poème de M.S. Amri (et l'origine du Poppy Day)


               Champ de coquelicots, 1890, Claude Monet,
 musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg


Coquelicot 

Tu es l'indicateur du renouveau.
Au début, tu es vert et tout poilu,
Tête fléchie,
Dans laquelle la corolle est enfouie,
Faisant avec la tige un angle aigu.
Puis, quand la maturité est advenue,
Tes fleurs se dressent, faisant éclore leurs fruits.

mardi 24 novembre 2015

Discours de chien de Lak Bena



LE CHIEN

Un soir d’hiver, la veille de Noël, un homme entra dans une boucherie à Aubervilliers. A Aubervilliers, Saint-Ouen, Asnières ou ailleurs, le lieu n’a pas d’importance. Avant de franchir le seuil, il attacha son chien, un golden-retriever, au pied de la rôtissoire. Le poulet tournait, dégageant une odeur sensible à plusieurs mètres. Le jus coulait et la langue du chien pendait. 



- Mon Dieu ! pensa l’animal. Toutes les histoires passées, présentes et à venir se réduisent à une pièce à deux types de personnages, ceux qui mangent la viande et ceux qui la reniflent. Je me demande où va le monde. J’espère au moins que le patron ne va pas tarder.

Le type ressortit enfin avec un gros panier. Il détacha le chien et s’éloigna. 

- Je suis sûr que ce sera comme d’habitude, reprit le chien, poursuivant le cours de ses pensées… Il mangera la chair tendre et me jettera les os, pour accompagner ces inénarrables boules puantes nommées croquettes, sous prétexte que j’en raffole. Quand il me voit insister sur un os, il croit que je fais durer le plaisir. J’ai tant de fois essayé de lui faire comprendre que c’est faux mais je n’ai pas trouvé les mots qui font mouche. Là, il y a légitimité de mordre. Mais la diplomatie est préférable, je l’amènerai petit à petit à entendre raison. J’avoue toutefois que c’est difficile parce qu’il n’écoute pas ! Il prétend que je répète toujours la même expression et qu’il n’y a aucune variété dans mes propos. Il appelle ça aboiement. Tu parles d’un sens de discernement ! Mais, faut pas perdre espoir, il finira bien par accéder à la richesse de mon langage.

Il se peut aussi qu’il fasse la sourde oreille, l’enfoiré ! Mais, c’est quand même le patron. Ce n’est pas bon de taper sur son patron…