Poésies ou fictions. Théâtre ou fragments autobiographiques. Émouvoir, faire rire, rêver ou réfléchir. Soyons, soyez des Plumes inventives !
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mardi 23 janvier 2018
L'aimant des coucous de Jean-Paul Gremillet, poème
Illustration de presse, années 30, montrant un enfant enfermé dans une colonie pénitentiaire pour mineurs, autrement dit "un bagne pour enfants".
L’aimant des coucous
Je
les attire et je les aime aussi,
Ces
déclassés, ces perdus, ces occis,
Ces
relégués inscrits, tombés du nid,
Presque
noyés, accrochés au déni,
Muets,
honteux et qui flambent soudain,
De
prédictions violentes et de dédain,
Pour
mieux s’éteindre dans l’instant qui vient,
Trop
rapide pour eux. Des moins que rien,
Qui
ont compté puis oublié les coups,
Courbés,
transis mais superbes coucous.
Quelques oeillets rouges de Jean-Paul Gremillet, nouvelle.
De
longues semaines passeront avant que les grandes marées ne reviennent mais ils
sont déjà des centaines à attendre que le fleuve baisse un peu de niveau.
Alors, oui, telles les légions de César, on pourra les voir, cassés en deux, se
dirigeant vers l’embouchure, en train de racler la vase entre les rochers avec
de drôles de petits râteaux grillagés. Les plus chanceux ramasseront un kilo,
trois livres au mieux. La palourde se fait rare, rare et petite, et polluée
disent certains, de toutes façons, interdite à la vente. Mais elle se vend, aux
terrasses des bars chics, le long des quais. Deux euros le kilo. Une misère.
Une aumône. Et ils sont trop nombreux, les chanceux des chanceux, à tenter de
placer leur récolte, après avoir réussi à déjouer la police maritime.
L’administration municipale laisse faire à la demande des propriétaires de
bars. En ces temps délicats, il faut attirer le touriste.
Ces
jours-ci, ils sont des centaines sans travail, à rechercher quelques heures
de manutention dans les chais, une barque à nettoyer... Les vignes sont
saturées de journaliers qui triment pour quelques repas et l’embauche tourne en
cercle fermé.
Caetano
a posé sa veste de toile foncée sur une borne. Lentement il a roulé les manches
de sa chemise à carreaux puis réajusté son chapeau. Il est presque dix huit
heures, mais le soleil est encore haut et le fleuve ressemble à du plomb
liquide.
Il
s’en est approché discrètement en louvoyant entre des bâtiments dont la construction
est stoppée, évitant les buissons d’épineux et de lauriers-roses. Il connaît
chaque tas de parpaings couverts de fleurs d’onagre, la moindre chaîne ou
ferraille qui traine au sol.
Le
quai en face est noir de monde. Du pont tout proche, ça saute à tout va. Vingt
mètres de haut. Des touristes, beaucoup de Japonais, les appareils à bout de
bras, pour être au plus près de l’inconscience.
mercredi 22 novembre 2017
Le numéro de la discorde (historiette)
Le numéro de la discorde
Il était sorti très vite, le café tiède à peine avalé. L’air du matin l’avait happé. Le temps de traverser le jardin, une pluie brutale se mit à le cingler. Il venait de mettre le contact, quand ... il se souvint de “l’Oubli“.
Il se dirigea vers la maison. La clef si bruyante dans la serrure allait faire japper Mélinda. Cela réveillerait tout le monde. Cependant, la pluie tambourinait déjà contre les vitres, prélude du concert !
Il était sorti très vite, le café tiède à peine avalé. L’air du matin l’avait happé. Le temps de traverser le jardin, une pluie brutale se mit à le cingler. Il venait de mettre le contact, quand ... il se souvint de “l’Oubli“.
Il se dirigea vers la maison. La clef si bruyante dans la serrure allait faire japper Mélinda. Cela réveillerait tout le monde. Cependant, la pluie tambourinait déjà contre les vitres, prélude du concert !
Il se mit à parler tout doucement à la chienne postée derrière la porte
d’entrée, fit jouer la clef en douceur, tenta de contrôler l’inévitable
grincement des gonds mal huilés.
Il avança sur la pointe des pieds, flattant d’une main le museau affectueux.
Où avait-il bien pu laisser ce papier avec ce numéro noté ?
Il refit son parcours habituel. Les toilettes : non ! La salle de bains : rien ! La cuisine : néant !
Dans le séjour, Marthe était en train de taper le 118, la tête pleine de questions et le papier posé près d'elle...
Il se figea sur place.
Céline Roumégoux
Il avança sur la pointe des pieds, flattant d’une main le museau affectueux.
Où avait-il bien pu laisser ce papier avec ce numéro noté ?
Il refit son parcours habituel. Les toilettes : non ! La salle de bains : rien ! La cuisine : néant !
Dans le séjour, Marthe était en train de taper le 118, la tête pleine de questions et le papier posé près d'elle...
Il se figea sur place.
Céline Roumégoux
mercredi 27 septembre 2017
Trou de mémoire (poésie)
Trou de mémoire
Tu le savais bien et tu as tout oublié
Le nom de la petite rue du rendez-vous
La lumière de décembre sur le quartier
Les rires des enfants qui volaient sur leurs joues
Tu le savais bien et tu as tout dissipé
L’odeur des marrons au tournant du carrefour
La douceur du soir dans son grand voile doré
Les mots doux chuchotés débordant de « toujours »
Tu le savais bien et tu as tout déchiré
Les lettres parfumées qui célébraient l’amour
Les billets tendres au creux des coussins délaissés
Les carnets griffonnés qui consignaient les jours
Envolés les serments passionnés d’autrefois
Effacés les paroles et les gestes adorés
Enfuie la tendresse des tout premiers émois
Tu le savais bien mais tu as tout oublié
Céline
(septembre 2017)
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