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mardi 24 novembre 2015

Discours de chien de Lak Bena



LE CHIEN

Un soir d’hiver, la veille de Noël, un homme entra dans une boucherie à Aubervilliers. A Aubervilliers, Saint-Ouen, Asnières ou ailleurs, le lieu n’a pas d’importance. Avant de franchir le seuil, il attacha son chien, un golden-retriever, au pied de la rôtissoire. Le poulet tournait, dégageant une odeur sensible à plusieurs mètres. Le jus coulait et la langue du chien pendait. 



- Mon Dieu ! pensa l’animal. Toutes les histoires passées, présentes et à venir se réduisent à une pièce à deux types de personnages, ceux qui mangent la viande et ceux qui la reniflent. Je me demande où va le monde. J’espère au moins que le patron ne va pas tarder.

Le type ressortit enfin avec un gros panier. Il détacha le chien et s’éloigna. 

- Je suis sûr que ce sera comme d’habitude, reprit le chien, poursuivant le cours de ses pensées… Il mangera la chair tendre et me jettera les os, pour accompagner ces inénarrables boules puantes nommées croquettes, sous prétexte que j’en raffole. Quand il me voit insister sur un os, il croit que je fais durer le plaisir. J’ai tant de fois essayé de lui faire comprendre que c’est faux mais je n’ai pas trouvé les mots qui font mouche. Là, il y a légitimité de mordre. Mais la diplomatie est préférable, je l’amènerai petit à petit à entendre raison. J’avoue toutefois que c’est difficile parce qu’il n’écoute pas ! Il prétend que je répète toujours la même expression et qu’il n’y a aucune variété dans mes propos. Il appelle ça aboiement. Tu parles d’un sens de discernement ! Mais, faut pas perdre espoir, il finira bien par accéder à la richesse de mon langage.

Il se peut aussi qu’il fasse la sourde oreille, l’enfoiré ! Mais, c’est quand même le patron. Ce n’est pas bon de taper sur son patron…

mercredi 8 juillet 2015

Mai 68



 Mai, oui !

 
"Ah ! Ils font peur ! Revoilà 36 ! Cela va mal finir, c’est sûr ! Eteins la radio, bon sang !"

Les pavés qui volent bas, les clameurs, les bousculades et les charges de CRS, c’est sur Europe 1 que cela s’écoute ; c’est la radio de "Salut les copains" ! Sauf que les copains font un sacré chahut, en ce joli mai 68, c’est « la chienlit » dira De Gaulle ! Les cours sont arrêtés, les usines occupées et Dany le Rouge fait trembler la France !

samedi 4 juillet 2015

Histoire à suivre ou à poursuivre ...


La fameuse soirée




Samedi 10 mars 2000. Le fond de l’air est frais à 21 heures dans les alentours de Vierzon. Un manoir fantôme se découpe, sur le bord de la route des Epinettes, dans le faisceau des phares de la Mercédès coupé de Ludovic.
“Tiens, je suis le premier !” peste-t-il, en pilant devant le seuil.
Seule une fenêtre du premier étage est éclairée, les baies du grand salon sont, elles, ténèbreuses !
“Etrange ! C’est pourtant bien le bon jour ? Horreur d’être en avance ... Cet abruti de Robert va se réjouir de ma précipitation. Impossible de repartir, il doit guetter derrière les carreaux. Ce que je peux être niais !”
C’est d’une main rageuse qu’il s’empare du heurtoir et le fracasse contre la porte. Evidemment, un temps infini s’écoule avant que l’ouverture ne se produise. Une vieille femme voûtée, l’air embarrassé, incline la tête et prononce les paroles les plus inattendues : “Vous êtes l’un des invités de la soirée, n’est-ce pas ? Monsieur Tardat m’a chargée de vous dire combien il est désolé : un contretemps l’a obligé à repartir précipitamment et il ne pourra pas vous accueillir personnellement ce soir. Mais, rentrez, Monsieur, et acceptez de prendre une collation, tout a été préparé.”

vendredi 3 juillet 2015

"L'homme bleu" in le recueil Plume bleue de Saliha Ragad



 L'homme bleu



 
Au crépuscule, tu t’assieds au seuil de la porte d’Ajjer,

Toi, l’habitant des dunes,

Sillonnant le jour ton immense désert,

La nuit, tu parles à la lune.



Tu scrutes l’espace de ton bonheur,

Où se cachent du monde toutes les merveilles.

Du coucher du soleil, toi seul connaît l’heure,

Où dans le silence, toutes les beautés s’éveillent.



Venant des fins fonds des âges,

Depuis des millénaires,

A tout moment, des mirages

Te surprennent dans tes itinéraires.

Discours sur la misère, à la manière de Victor Hugo à la chambre des pairs






Messieurs,


Si je monte à la tribune aujourd’hui, c’est pour lancer un cri. Un cri d’indignation, un cri de colère et surtout un cri d’alerte ! Car il y a péril, messieurs ! Notre nation est au bord du gouffre et nous en sommes responsables. Pire, nous sommes coupables. Notre faute se change même en crime. Je ne jouerai pourtant pas le rôle du procureur mais celui de l’avocat. Car ceux dont je défendrai la cause sont abandonnés. Ils sont même montrés du doigt, enchaînés, dépouillés de tout et surtout de leur dignité. Ces hommes, ces femmes et ces enfants, ce sont les misérables. 


Oui, dans notre siècle de progrès, d’industrie et d’essor, il existe des traîne-misère, des malheureux qui croupissent dans des taudis ou dans la rue, qui n’ont pas un quignon de pain pour apaiser leur faim. Et que faisons-nous pour  eux ? Les aidons-nous ? Les défendons-nous ? Non, messieurs, nous les accablons !